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Retraite, assurance maladie… la bombe à retardement de la transition démographique

Retraite, assurance maladie… la bombe à retardement de la transition démographique

Si l’on parle couramment de transition écologique, le terme de transition démographique est, lui, beaucoup plus rare. Pourtant, le vieillissement de la population et le ralentissement de la croissance démographique pourraient peser ces prochaines années sur l’ensemble de notre système de protection sociale.

Écrit par Adeline Lorence

Publié le 17/05/2021 à 15h38

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La population vieillit et la croissance démographique tend à ralentir, voire même à diminuer. Ce constat est aujourd’hui partagé par plusieurs pays. Ainsi le haut-commissaire au Plan, François Bayrou, dans une note qu’il doit publier et que le Journal du dimanche s’est procurée, fait part de son inquiétude de voir le nombre de naissances en France baisser régulièrement. Il lance même un appel pour mettre en place une politique de soutien à la natalité. Une alerte qui fait écho à l'annonce, au début du mois de mai, d’une croissance démographique qui ralentit en Chine, une première depuis 1950. Pour Dominique Boulbès, ces chiffres sont loin d’être une surprise. Le président du groupe Indépendance royale, spécialiste du maintien à domicile, et auteur de “Vieillissement et ses enjeux pour les nuls”, prévient : il ne faut pas négliger la transition démographique qui nous attend et réfléchir aux politiques à mettre en place sur le long terme. Car si rien n’est fait, notre système de protection sociale, que ce soit notre régime de retraite ou encore notre couverture maladie, pourrait fortement être mis en danger.

 

Capital : Vous parlez aujourd’hui d’un effondrement de la démographie. Qu'entendez-vous par là ?

Dominique Boulbès : Sur les quatre grandes transitions qui attendent le monde : la transition numérique, sociétale, énergétique, la transition démographique est la plus mal connue. On ne sait pas que la population des pays développés est en train de s'effondrer. Dans 90 ans, l’Italie reviendra à sa démographie de 1880. La planète vieillit et le nombre de jeunes s’effondre. Mais ce constat est mal connu car on pense qu’il y a de plus en plus de personnes âgées, et que c’est le seul phénomène marquant. Alors que ce qui va modeler notre futur, c’est bien davantage la post-transition démographique, qui se traduit par un effondrement des naissances. Il faut savoir que dans 30 ans en Europe, il y aura 100 millions d’habitants de moins pour les âges inférieurs à 60 ans. L'Europe revient tout doucement à sa population du 19e siècle. Dans dix ans, dans le monde, le nombre de personnes de plus de 60 ans sera plus important que celui des jeunes entre 0 et 15 ans.

 

Capital : Comment se caractérise cette transition démographique ?

Dominique Boulbès : Il existe plusieurs phases dans cette transition. Au début, vous avez une population qui croît faiblement, avec beaucoup d’enfants par femme mais aussi une forte mortalité. A un moment, les conditions de vie s’améliorent avec une meilleure hygiène, un meilleur accès à la nourriture. Vous avez alors une explosion démographique avec un taux de mortalité qui se divise par trois ou par quatre mais toujours une forte natalité. C’est ce qui s’est passé dans les années 1920 à 1960 dans le monde développé et pour partie en Asie et Afrique dans l’après-guerre. Puis, tout doucement, les comportements natalistes évoluent et le nombre d’enfants par femme diminue. On entre dans une transition post-démographique. Alors que pour renouveler la population, il faut deux enfants par femme, aujourd’hui la moitié de la planète a déjà un taux de natalité inférieur à 2. Mais cette situation est pour le moment masquée par le vieillissement de la population. Dans 30-40 ans, la population mondiale va atteindre un pic autour de 8 à 9 milliards, selon les différentes projections. Et ensuite, la population de la planète s’effondrera complètement.

 

Capital : Quelles vont être les conséquences économiques de cet effondrement ?

Dominique Boulbès : Il y a un bon moyen de le comprendre : c’est de regarder ce qui se passe au Japon car ils ont 15 à 20 ans d’avance sur nous sur cette question. Pour leur système de retraite, on est à 1,8 actif pour un retraité, ce qui pose un problème de soutenabilité. Les dépenses de santé explosent et le pays ne peut plus se développer car il y a un manque de main-d'œuvre. Il y a un autre problème que l’on trouve dans plusieurs pays : la fissure intergénérationnelle. On a une génération qui reproche à celle d’avant d’avoir abîmé la planète et créé de la dette. Alors qu’avant, c’était l’ancienne génération qui reprochait à la nouvelle d'être trop égoïste. C’est donc en train de s’inverser. Par exemple, le mouvement “OK boomer” est une petite musique qui se fait de plus en plus entendre et qui a résonné au moment du Covid où certains ont dit que l’on sacrifiait les jeunes pour les vieux. Cette mise à distance entre les générations se fait entendre de plus en plus.

 

La population de la Chine en passe d’être dépassée par l’Inde, la natalité inquiète

 

Capital : Quelles sont les solutions à mettre en œuvre face à cette situation ?

Dominique Boulbès : La solution ne peut pas être que technique. Vous pouvez mettre la retraite à 63,5 ans au lieu de 62,9 ans, vous pouvez mettre des points à la place des euros. Tout cela n’est pas à la mesure du problème ! Au bout du bout, il faut que, dans notre société, il y ait une forme de “New deal” avec une vraie réflexion d’ensemble sur ce que représente une société qui vieillit et comment on s’organise pour faire face à ça. Le problème des réformes des retraites, c’est que le jour où vous allez la faire adopter elle sera déjà dépassée. Il faut repenser toute notre société qui est tournée vers la croissance, l’innovation, le toujours plus.

 

Capital : Par où commencer ce “New deal” ?

Dominique Boulbès : Il faut d’abord le mettre au niveau du politique et dire ce que l’on veut faire à 30 ans dans le pays et pas à un ou deux ans. Malheureusement, on ne se projette plus à aussi long terme. Il n’existe pas de “shopping list”, mais il faut s’interroger sur la façon dont on peut penser les infrastructures, le numérique, la retraite. On doit par exemple se demander si l 'on doit vraiment arrêter toute activité à la retraite, s’il ne peut pas y avoir des allers-retours entre la retraite et l’activité. Il faut penser tout cela à vingt ans. Les réformes que je vois sont dans le meilleur des cas à cinq ans.

 

Capital : Les entreprises ont-elles aussi un rôle à jouer pour anticiper cette transition démographique ?

Dominique Boulbès : Dans la silver économie (économie liée au vieillissement, ndlr), il existe trois cercles : celui dédié à la perte d’autonomie, celui des spécialistes qui font des biens et des services pour les personnes âgées et enfin les entreprises qui voient leur clientèle vieillir et qui doivent s’adapter. Ce troisième cercle est majoritaire. Prenons l’exemple de l’automobile. Aujourd’hui, l’âge moyen d’un acheteur de voiture neuve est de 56 ans. Il faut donc s’adapter et de plus en plus d’entreprises nomment des “monsieur ou madame silver économie” pour modifier leur offre. Il faut réfléchir en intégrant la question du vieillissement sans la mettre dans un tiroir.

 

Source : https://www.capital.fr/votre-retraite/retraite-assurance-maladie-la-bombe-a-retardement-de-la-transition-demographique-1403399

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